Sur le Tour de France, apprendre à faire le deuil de la photo désirée

Sur le Tour de France 2018
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Faire du photoreportage, c’est accepter de laisser l’imprévu composer nos images, en dépit parfois de ce qu’on a prévu, ou voulu, ou désiré. Cette petite aventure m’a aidé à en prendre conscience.

Le 10 juillet, j’étais sur le bord de la route pour shooter la 4e étape du Tour de France 2018, qui passait à quelques centaines de mètres de chez moi.

J’ai hésité à y aller, craignant d’attendre 3 heures pour ne pas réussir à en tirer la moindre bonne photo. J’ai attendu deux bonnes heures et suis revenu amusé par l’événement mais convaincu que je n’avais rien fait d’intéressant. En triant mes photos, j’en ai trouvé quelques-unes que je jugeais “correctes”, sans plus, comme celle qui ouvre cet article, qui est sympa mais sans grand intérêt.

Pour voir, j’en ai postée une sur un groupe de photographes où je sais que les avis sont brutalement honnêtes. Celle-ci :

Sur le Tour de France 2018
Sur la 4e étape du Tour de France 2018, quatre coureurs ayant chuté quelques kilomètres plus tôt tentent de rattraper le peloton.

Je pensais qu’elle passerait inaperçue, éventuellement obtiendrait deux ou trois réactions critiques, et basta. Elle n’a reçu que des compliments, tous venant de piliers du groupe, des gens dont j’apprécie le travail et l’avis.

– “Bien dans l’esprit “tour” avec la campagne, ses couleurs, le soleil, la moto emblématique, les voitures autour des coureurs à l’ouvrage : une belle récompense pour ta patience et ton savoir-faire.”

– “Pas fan de cyclisme mais c’est une photo bien prise avec le filé et on se rend bien compte de la vitesse !”

– “J’aime bien ton image, on est dans l’ambiance, le filé est très bien, la moto placée bien comme il faut, le regard se laisse volontiers se promener dedans pour se poser sur l’essentiel.”

– “Impressionné ! Quand on sait à quelle vitesse ils passent entourés de cohortes de voitures et de motos, c’est tout sauf évident à réussir. Et là, tu as poussé le vice à faire un filé. Ambiance de bord de route du TDF très bien rendue. Tu n’as plus qu’à te reconvertir en photographe sportif.”

– “Avec cet effet “filé”, tu nous donnes l’impression d’être un spectateur en train d’assister au tour, de voir ces vélos, ces motos, ces voitures défilées à vive allure, et tout cela composée en une belle diagonale.”

– “Belle impression de vitesse. C’est pas toujours facile à faire ce genre de clichés ! Bravo !”

Laisser l’imprévu composer ses propres images

Elle est donc bonne, cette photo que je trouvais moyenne, sans aucun doute.

Mais je ne le voyais pas parce que ce n’était pas la photo que j’avais imaginée pendant mes deux heures d’attente. Un peu naïvement, j’espérais avoir une photo de l’échappée (alors que là il s’agit au contraire de 4 coureurs ayant chuté et se trouvant donc tout en fin de course) isolée dans la campagne bretonne. Sauf que l’échappée est entourée de véhicules, dont une moto avec une caméra qui roulait à ce moment-là juste à côté d’un coureur. Autant pour la sensation d’isolement…

Ce que je voulais avoir et que j’ai eu, c’est la sensation de vitesse. Mais là aussi j’avais la sensation de l’avoir beaucoup trop et que ça nuisait à la photo. Et pourtant, le filé a été plusieurs fois cité comme élément-clé de la réussite de l’image…

Cette expérience ne m’empêchera pas de continuer à planifier les choses, mais elle m’aidera certainement à accepter de me laisser surprendre par les événements.

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